Contexte

WATERMARKS – Trois Lettres de Chine



Watermarks (2013)


RÉFLEXIONS DU RÉALISATEUR

«Depuis la répression du mouvement démocratique en 1989, j’observe la transformation de la Chine avec autant d’étonnement que de trouble : le pays ressemble à un chantier permanent et semble engagé dans une quête de lui-même, menée à marche forcée. Dans ce présent complexe, les protagonistes esquissent des pas à la fois hésitants et courageux vers l’avenir.»

«Au cours de la recherche et des tournages en Chine, je suis revenu sans cesse à une question qui traversait déjà mes films précédents : que déclenchent, dans la vie des individus, les événements extérieurs, les ruptures et les changements ? Et qu’est-ce que cela signifie pour leur quotidien ? C’est à partir de là que j’ai construit ce nouveau film, en cherchant d’autres réponses.»

Luc Schaedler

Ma rélation à la Chine

Le début de mon lien avec la Chine remonte à plus de vingt ans. Depuis la répression du mouvement démocratique de 1989, j’ai voyagé à plusieurs reprises à travers le pays. J’ai suivi l’essor économique et, avec lui, les bouleversements politiques et sociaux, avec un mélange d’étonnement et d’irritation.

Les mutations sociales, provoquées par une croissance fulgurante, déstabilisent les gens. Ils constatent aussi, avec inquiétude, la pollution croissante de l’environnement et de l’eau. Des paysages entiers — et avec eux une part de l’histoire familiale, comme de l’histoire culturelle de la Chine — se trouvent littéralement « submergés » par le progrès. Mon rapport d’amour-haine à la Chine se reflète dans l’ambivalence de nombreux Chinois, qui regardent l’évolution de leur pays avec fierté autant qu’avec malaise. J’ai tenté de saisir cinématographiquement ces sentiments contradictoires.

Quartre lieux de tournage

Collaboration

Dans ce projet, un ami de moi (anonyme) a non seulement mené des entretiens avec les protagonistes, mais il a aussi assuré le son. Pour la recherche (2009–2010) et le tournage (2011), nous avons voyagé ensemble pendant des mois à travers la Chine et partagé le quotidien des personnes filmées. Sa relation aux gens passait par son calme et par le fait qu’il parle le chinois couramment. Cela lui valait un grand respect. Il était à la fois insider et outsider.

De mon côté, j’étais l’étranger. Plus extraverti, plus direct, plus bruyant aussi. Je devais construire le lien autrement : par le non-verbal, les gestes, les regards. Dans une culture — et une situation politique — où l’on se méfie des mots et où tout repose sur une confiance plus profonde, nous nous complétions idéalement. Mon ami a étudié la sinologie et l’ethnologie à Zurich et en Chine. Il vit et travaille depuis plus de douze ans à Pékin et à Shanghai. Il est marié à une Chinoise. Nous sommes amis depuis les émeutes de la jeunesse zurichoise au début des années 1980.

Notre méthode de travail

En Chine, il est judicieux de se comporter comme l’eau : là où elle coule, on la laisse couler ; là où elle stagne, on contourne et l’on cherche d’autres voies. Le temps et la patience sont, à cet égard, essentiels.

Ce qui est important dans toute situation de tournage avec des personnes l’est doublement en Chine, pour des raisons culturelles et politiques. Si l’on veut se rapprocher des gens, il faut prendre énormément de temps. C’est un rituel complexe, mais pas désagréable. On y construit la confiance pas à pas, parfois sur des semaines : un premier entretien, un deuxième, boire du thé, fumer, bavarder, manger ensemble, approcher lentement le sujet, et trinquer encore et encore à l’alcool fort. Le premier contact — et la manière de se comporter à ce moment-là — est décisif.


LIEUX DE TOURNAGE

L’eau est l’élément visuel qui relie le film. Comme un fleuve, elle traverse les lieux, les récits et les conversations.

MINQIN – Province de Gansu
WUSUTU – Mongolie Intérieure
Ces deux lieux apparaissent dans Watermarks. Ils se situent dans l’immense ceinture charbonnière et industrielle du nord de la Chine, qui s’étend sur environ 1’000 kilomètres d’ouest en est. Au-delà du pillage des paysages, la région souffre d’une forte pollution et d’un manque d’eau chronique. Malgré cela — ou peut-être justement pour cette raison — ce sont deux des lieux de tournage les plus marquants où j’ai travaillé.

JIUXIANCUN – Province de Guangxi
Petit village rizicole dont les origines remontent à la dynastie Qing (1616–1912). Il se trouve dans le sud humide de la Chine, non loin du haut lieu touristique de Yangshuo. La région est célèbre pour son paysage « iconique » : d’innombrables collines karstiques émergent au milieu des rizières. Dans aucune autre province la Révolution culturelle (1966–1976) n’a été aussi dévastatrice que dans le Guangxi.

CHONGQING
Mégapole en plein essor, Chongqing se situe sur le Yangzi, le plus grand fleuve de Chine. Avec plus de 30 millions d’habitants, elle est aujourd’hui considérée comme l’une des villes les plus peuplées du monde. Son développement s’est encore accéléré ces dernières années. La ville est en transformation permanente.


Minqin, Province de Gansu

Wusutu, Mongolie Intérieure

Jiuxiancun, Province de Guangxi

Chongqing